Localisation, partenariats équitables et décolonialité : un appel clair à tous les acteurs humanitaires pour une transformation courageuse

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Paris, 27 novembre 2025 — La Table-ronde FRIO dédiée à la vie associative a permis d’engager une réflexion majeure : comment transformer les pratiques de solidarité internationale en s’appuyant sur l’action menée localement, des partenariats véritablement réciproques et une approche assumée de la décolonialité ?
La rencontre a également inclus un échange avec l’assistante du Représentant spécial de l’Union européenne pour la région des Grands Lacs, renforçant la portée stratégique des discussions.

En conclusion de cette journée, le Dr De-Joseph KAKISINGI, président du CONAFOHD RDC, a livré un message fort : « Les ONGI doivent désormais se transformer pour devenir des alliées techniques et stratégiques au service du leadership local. »

Un système international encore marqué par des asymétries de pouvoir

Les échanges ont mis en lumière un constat largement partagé :
le système actuel d’aide internationale reste dominé par des dynamiques de pouvoir héritées, dans lesquelles le Nord global conserve l’hégémonie.

Les débats n’ont pas seulement questionné l’opérationnel : ils ont interrogé les transformations organisationnelles, institutionnelles et individuelles nécessaires pour donner un sens réel à la localisation, au shifting the power et à la décolonialité.

La nécessité d’un langage commun pour une orientation claire

Le président du CONAFOHD RDC a pointé une divergence notable :
la compréhension de la localisation varie d’une organisation à l’autre, créant contradictions, incohérences et difficultés d’évaluation.

Il appelle à  tous acteurs humanitaires à  :

  • adopter des définitions communes,
  • clarifier les notions clés,
  • éviter des stratégies éclatées,
  • favoriser des référentiels partagés permettant de mesurer de manière crédible les progrès.

L’exemple du Congo : une définition collective et contextualisée

Dr KAKISINGI rappelle une avancée majeure :
en 2023, la RDC a organisé son premier Symposium national sur la localisation, aboutissant à une définition concertée, contextualisée et assumée par tous.

Depuis, la localisation au Congo repose sur :

  • un langage commun,
  • des piliers définis collectivement,
  • une communauté de pratiques qui apprend, ajuste et avance ensemble.

Ce modèle démontre qu’une localisation efficace n’est pas universelle, mais doit refléter le contexte sociopolitique, institutionnel et communautaire du pays.

Décoloniser aussi l’intérieur des organisations

La décolonialité, souligne-t-il, ne doit pas être envisagée uniquement dans la relation Nord–Sud.
Elle doit également interroger le fonctionnement interne des ONGI :

  • Aux sièges qui imposent visions et stratégies,
  • Aux missions réduites à l’exécution,
  • Une faible reconnaissance de l’intelligence territoriale,
  • Aux approches standardisées déconnectées des réalités locales.

Or, « les chefs de mission sont les premiers témoins des dynamiques locales de localisation ».
Cette intelligence locale doit devenir une ressource stratégique, et non un simple outil de mise en œuvre.

Des pays à des vitesses différentes : un appel à un accompagnement différencié

Les niveaux d’avancement en matière de localisation varient fortement.
Certains pays disposent déjà de standards locaux ; d’autres commencent à peine.
Les bailleurs et partenaires internationaux doivent donc soutenir des trajectoires adaptées, progressives, et surtout contextualisées, en valorisant les dynamiques déjà existantes.

Lever les barrières : transformer les rôles pour avancer ensemble

Parmi les obstacles identifiés :

  • La peur de perdre le pouvoir,
  • La peur de perdre l’emploi,
  • La peur de la disparition des structures.

Le Dr KAKISINGI rappelle toutefois que la transformation ne vise pas à remplacer, mais à complémenter :
les rôles doivent évoluer pour permettre une architecture internationale plus juste, plus efficace et durable.