Symposium Kinshasa 2026 : l’APC plaide pour des solutions durables fondées sur la paix, l’humanitaire et le développement

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Kinshasa, 29 octobre 2026.  Passer de l’assistance d’urgence à des solutions durables capables de renforcer la paix, la résilience et l’autonomie des communautés affectées par les crises en République démocratique du Congo. C’est le plaidoyer porté par l’organisation Action pour la Paix et la Concorde (APC), lors du troisième Symposium national sur la localisation de l’aide humanitaire, tenu du 27 au 29 octobre 2026 à Kinshasa, sous l’organisation du CONAFOHD. À travers son intervention, l’APC a appelé les acteurs humanitaires, les partenaires techniques et financiers ainsi que les institutions publiques à dépasser les interventions isolées pour privilégier une approche intégrée associant l’humanitaire, la paix et le développement, communément appelée « Triple Nexus ».

Intervenant autour du thème « Du Triple Nexus aux solutions durables en RDC : ancrage institutionnel, synergies provinciales et rôle pivot des ONG nationales », Deogratias Buuma Bitalya wa Namira, directeur exécutif de l’APC, a insisté sur la nécessité de repenser les interventions humanitaires dans un pays confronté à des crises sécuritaires, humanitaires et socio-économiques persistantes.

Pour cette organisation, la réponse humanitaire, bien qu’indispensable pour sauver des vies, ne peut à elle seule garantir une sortie durable des crises. Elle doit être accompagnée d’initiatives de consolidation de la paix et de développement capables de s’attaquer aux causes profondes des conflits et de renforcer les capacités des communautés à faire face aux chocs.

Cette approche repose sur une complémentarité entre trois piliers : l’humanitaire, qui répond aux besoins immédiats et protège les populations ; la paix, qui contribue à restaurer la confiance et à prévenir les violences ; et le développement, qui favorise l’autonomie économique et la construction de solutions durables.

La consolidation de la paix, un passage indispensable vers la résilience

Au cours de sa présentation, l’APC a particulièrement mis l’accent sur le rôle du peacebuilding, ou consolidation de la paix, comme passerelle entre l’urgence humanitaire et le développement.

L’organisation estime que les interventions dans les zones affectées par les conflits doivent intégrer la prévention des tensions, la médiation communautaire, le dialogue intercommunautaire et la gestion concertée des ressources naturelles.

Il s’agit notamment de veiller à ce que l’aide apportée aux populations ne contribue pas à aggraver les tensions existantes, mais favorise plutôt la cohésion sociale et la restauration de la confiance.

Dans cette perspective, les organisations nationales et locales sont appelées à jouer un rôle déterminant grâce à leur proximité avec les communautés et à leur connaissance des dynamiques locales.

Des expériences de terrain pour démontrer l’efficacité du Triple Nexus

Pour illustrer cette approche, l’APC a présenté plusieurs expériences concrètes, notamment le projet AVENIR, qui associe la sécurisation foncière et forestière, l’agriculture durable, la restauration des paysages et le développement des activités économiques.

Selon les données présentées lors du symposium, ce projet concerne 74 604 hectares de forêts communautaires locales et 1 427 hectares de terres agricoles, dans le cadre de onze actes d’engagement en faveur de la foresterie communautaire et de la sécurisation des droits des ménages vulnérables.

À travers ces interventions, l’objectif est de renforcer l’accès sécurisé aux ressources naturelles, de soutenir les moyens de subsistance des communautés et de prévenir les tensions liées à leur exploitation.

L’APC a également évoqué l’expérience d’Ustawi Kwanza, qui illustre la complémentarité entre la paix, le développement et la résilience communautaire.

Cette initiative articule notamment des actions de réintégration, de cohésion sociale, de développement d’activités génératrices de revenus et de coopération économique.

Ces expériences démontrent, selon l’approche défendue par l’organisation, que les dividendes de la paix doivent se traduire par des améliorations concrètes dans la vie des populations : reprise des activités économiques, accès aux moyens de production, amélioration des revenus et renforcement du vivre-ensemble.

L’APC appelle à renforcer le leadership des ONG nationales

Au-delà des initiatives présentées, l’APC a également plaidé pour une reconnaissance accrue du rôle des organisations nationales dans la mise en œuvre des solutions durables en RDC.

Pour l’organisation, ces acteurs disposent d’une connaissance approfondie des réalités locales et entretiennent des relations de proximité avec les communautés, ce qui leur permet d’identifier les besoins prioritaires et de proposer des réponses adaptées.

Cependant, leur contribution reste confrontée à plusieurs défis, notamment les difficultés d’accès aux financements, la faible participation aux mécanismes de prise de décision et l’insuffisance des ressources nécessaires à la conduite d’interventions à long terme.

Face à ces contraintes, l’APC a invité les institutions publiques à renforcer leur engagement de proximité, notamment dans les domaines des infrastructures rurales, de l’éducation, de la santé et du financement des initiatives locales.

Les agences des Nations Unies ont, quant à elles, été encouragées à soutenir des financements structurants à moyen et long terme, tandis que les ONG internationales et les bailleurs ont été appelés à privilégier des mécanismes financiers flexibles et pluriannuels, adaptés aux réalités des acteurs locaux.

L’organisation a également souligné la nécessité d’une coordination renforcée entre les différents intervenants afin d’éviter la fragmentation des actions et de maximiser leur impact sur les communautés.

Faire du symposium un point de départ pour des actions concrètes

L’un des principaux messages portés par l’APC concerne la nécessité de transformer les réflexions issues du symposium en engagements concrets, assortis de responsabilités clairement définies et de mécanismes de suivi.

Parmi les propositions formulées figurent le renforcement des échanges entre les acteurs de l’humanitaire, de la paix et du développement, l’adoption d’une déclaration collective en faveur de l’opérationnalisation du Triple Nexus en RDC et la mobilisation de financements adaptés aux trois piliers.

L’APC a également insisté sur la nécessité de renforcer les capacités des organisations nationales, de leur garantir une participation effective aux décisions et de mettre en place une feuille de route précisant les responsabilités, les échéances et les indicateurs de résultats.

Dans cette dynamique, le Conseil National des Fora des ONG Humanitaires et de Développement (CONAFOHD) pourrait jouer un rôle fédérateur en facilitant la coordination des engagements, le suivi des recommandations et la mobilisation des différentes parties prenantes.

Cette responsabilité partagée suppose une meilleure harmonisation des priorités, une mutualisation des efforts et une redevabilité accrue envers les communautés bénéficiaires.

De l’urgence aux solutions durables : un changement de paradigme nécessaire

À travers cette intervention, l’APC a voulu démontrer que la transformation du système humanitaire congolais nécessite une évolution profonde des pratiques, des mécanismes de financement et des relations entre les différents acteurs.

Il ne s’agit plus uniquement de répondre aux conséquences immédiates des crises, mais également d’investir dans la prévention des conflits, la reconstruction du tissu social et la création de perspectives économiques durables.

Ce plaidoyer rejoint les ambitions du troisième Symposium national sur la localisation de l’aide humanitaire, organisé autour du thème « Transformer le système humanitaire à partir des évidences locales ».

Pour l’APC, l’enjeu est désormais de faire de la localisation un véritable levier de transformation, dans lequel les organisations nationales ne sont plus considérées comme de simples exécutantes, mais comme des partenaires stratégiques dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des interventions.

Au terme de ces trois journées d’échanges à Kinshasa, le défi demeure celui de traduire les engagements en résultats visibles pour les communautés affectées par les crises.

Car la véritable réussite de l’action humanitaire ne réside pas seulement dans sa capacité à sauver des vies aujourd’hui, mais aussi dans sa contribution à construire les conditions d’une paix durable et d’un développement qui permettent aux populations de ne plus dépendre indéfiniment de l’assistance.