Kinshasa, 21 mai 2026, Face à la persistance des crises dans l’Est de la République Démocratique du Congo, une évidence s’impose : les approches classiques ne suffisent plus. Lors de l’atelier stratégique du Groupe de Concertation Nexus Humanitaire-Développement-Paix (GCN-HDP), le Dr. De-Joseph Kakisingi, Coordonnateur National de CONAFOHD, a livré une intervention marquante, articulée autour d’un constat sans appel et d’une solution structurante : investir massivement dans les réponses menées par les communautés (RMC).
Un coût humanitaire insoutenable : 120 millions USD par an pour un cycle sans fin
L’intervention du Dr. Kakisingi met en lumière une réalité alarmante :
- 120 millions de dollars dépensés chaque année en aide d’urgence répétée dans des provinces comme l’Ituri et le Tanganyika
- 70 % des zones de retour replongent dans la crise seulement 18 mois après une intervention humanitaire
Ces chiffres traduisent un échec structurel : les réponses actuelles ne brisent pas le cycle des crises, elles le prolongent.
À cela s’ajoute un facteur aggravant majeur :

- Les chocs climatiques (inondations, sécheresse) deviennent des déclencheurs directs de conflits fonciers et intercommunautaires
Le coût de l’inaction : une équation économique perdante
L’analyse du Coordonnateur de CONAFOHD révèle une vérité économique clé :
- 1 dollar non investi dans la prévention = jusqu’à 7 dollars dépensés en réponse d’urgence
Ce ratio démontre que le système actuel est non seulement inefficace, mais financièrement insoutenable.
Une rupture stratégique : passer d’une logique de projets à une logique de systèmes
Selon le Dr. Kakisingi, la crise est alimentée par une approche fragmentée :
- Humanitaire → intervention d’urgence
- Paix → négociation post-crise
- Développement → action tardive
- Climat → adaptation isolée
Résultat : des interventions en silo qui annulent leurs impacts respectifs
La solution proposée est claire :
un Nexus intégré et simultané, porté par les communautés elles-mêmes.
La Réponse Menée par les Communautés (RMC) : un levier de transformation systémique
CONAFOHD propose un modèle structurant : la RMC (Réponse Menée par les Communautés).
Ses fondements qualitatifs majeurs :
- Continuité temporelle : les acteurs locaux interviennent avant, pendant et après les crises
- Analyse endogène des risques : les communautés identifient elles-mêmes les facteurs de conflit
- Co-construction systématique des projets avec les populations
- Financement direct et flexible des acteurs locaux
Des impacts mesurables et concrets
L’approche RMC ne relève pas du concept : elle produit des résultats tangibles.
- Réduction de 60 % des risques d’échec ou de sabotage des projets grâce à la co-construction
- Maintien des interventions dans des zones abandonnées par les acteurs internationaux, comme à Fizi et Baraka
- Extension de l’accès humanitaire dans les zones difficiles d’accès
- Renforcement des systèmes d’alerte précoce grâce à l’ancrage local

Changer d’échelle : financer des systèmes, pas des projets isolés
Un message fort ressort de l’intervention :
« Financer une ONG, c’est financer un projet. Financer un système coordonné, c’est transformer durablement un territoire. »
La coordination entre acteurs permet :
- Une synergie multisectorielle (santé, agriculture, cohésion sociale)
- Un impact cumulatif supérieur à la somme des projets individuels
- Une optimisation des ressources et des résultats
Un plaidoyer fort pour la localisation du financement
Le Dr. Kakisingi appelle à une transformation structurelle du financement :
- 25 % de financement direct aux ONG nationales
- Mise en place de budgets publics dédiés aux systèmes locaux
- Renforcement du rôle des acteurs communautaires comme première ligne de réponse
En somme, investir dans les communautés pour transformer durablement la RDC
L’intervention du Coordonnateur National de CONAFOHD pose une équation claire :
Continuer comme avant = perpétuer la crise
Investir dans les communautés = construire des solutions durables
Dans un contexte marqué par l’intensification des crises sécuritaires et climatiques,
la localisation et la réponse communautaire ne sont plus des options, elles sont une nécessité stratégique.



