« Agir pour l’humanité » : remettre les communautés au cœur de l’action humanitaire

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Goma, 28 Août. À la clôture du Mois de l’Humanitaire, les acteurs humanitaires appellent à renforcer la localisation, la redevabilité et la place des organisations communautaires

La clôture du Mois de l’Humanitaire, placée sous le thème « Agir pour l’humanité », a été bien plus qu’un moment de célébration. Elle a constitué un espace de dialogue, d’écoute et d’autocritique sur la manière dont l’aide humanitaire doit évoluer pour mieux répondre aux réalités des personnes affectées par les crises.

Réunis au Centre d’accueil Caritas, les représentants d’OCHA, des agences du système des Nations Unies, des organisations internationales et nationales, ainsi que des organisations à base communautaire (OBC), ont partagé leurs expériences et leurs réflexions autour d’un enjeu central : comment faire de l’action humanitaire une réponse davantage portée par celles et ceux qui sont au plus près des communautés ?

Derrière chaque intervention, des femmes et des hommes en première ligne

Le témoignage d’Emmanuella Vasikya, Secrétaire exécutive de l’Action de volontaires pour la solidarité et le développement (AVSD), a rappelé une réalité souvent insuffisamment visible : derrière chaque intervention humanitaire se trouvent des femmes, des hommes, des jeunes, des organisations nationales et des acteurs communautaires qui poursuivent leur travail malgré des conditions extrêmement difficiles.

Ces acteurs apportent quotidiennement assistance, protection, espoir et dignité aux personnes affectées par les crises.

« Agir pour l’humanité » signifie donc aussi reconnaître celles et ceux qui interviennent au plus près des populations, parfois sans disposer des mêmes moyens, de la même visibilité ou du même accès aux ressources.

Les OBC : des acteurs essentiels, encore trop souvent oubliés

L’un des messages forts de cette rencontre concerne la reconnaissance du rôle des organisations à base communautaire (OBC).

Présentes au cœur des communautés, elles comprennent les réalités locales, identifient rapidement les besoins et jouent également un rôle important dans la médiation et la recherche de solutions au niveau du terrain.

Pourtant, leur accès aux financements et aux espaces de décision demeure limité.

Certaines organisations communautaires ne peuvent même pas participer aux groupes de travail territoriaux en raison de problèmes d’accessibilité, de connexion ou d’autres contraintes opérationnelles.

La localisation ne peut donc pas être pleinement réalisée sans leur inclusion effective.

Passer du dialogue à un changement réel

Les différents panels ont également permis aux organisations nationales de porter un regard critique sur leurs propres pratiques : que devons-nous changer ? Quelle est notre valeur ajoutée ? Comment passer d’un système où les décisions sont souvent concentrées à un modèle plus inclusif et plus proche des réalités locales ?

De leur côté, les organisations internationales et les agences ont reconnu la force et la valeur ajoutée des organisations nationales et locales.

Cette reconnaissance doit désormais se traduire en actions concrètes : davantage de dialogue, de confiance, de financement direct, de participation et de responsabilité partagée.

La redevabilité envers les personnes affectées doit être au cœur de la localisation

La localisation ne se limite pas au transfert de ressources ou de responsabilités vers les acteurs nationaux.

Elle implique également une véritable redevabilité envers les personnes affectées par les crises.

Qui décide ? Qui est écouté ? Qui définit les priorités ? Et surtout, la voix des communautés est-elle réellement prise en compte dans les décisions qui les concernent ?

Le témoignage présenté lors de cette rencontre appelle à une architecture humanitaire capable d’intégrer davantage les organisations communautaires et de reconnaître leur responsabilité dans la réponse humanitaire.

Faire de la paix et de la cohésion sociale une dimension transversale

Dans un contexte marqué par les crises et les déplacements, l’action humanitaire ne peut ignorer les enjeux de paix et de cohésion sociale.

Les participants ont souligné la nécessité d’intégrer systématiquement ces dimensions dans les interventions humanitaires. Les femmes et les organisations communautaires jouent notamment un rôle de médiation et contribuent à apporter des solutions directement au niveau local.

Mais une contradiction demeure : celles et ceux qui contribuent à résoudre les problèmes au niveau communautaire restent parfois parmi les moins financés.

C’est précisément cette contradiction que la localisation doit contribuer à corriger.

Une dynamique à poursuivre au-delà du Mois de l’Humanitaire

Pour les participants, cette rencontre ne doit pas rester un événement isolé.

Les échanges doivent se poursuivre régulièrement afin de permettre aux acteurs humanitaires de s’auto-évaluer, d’identifier leurs forces et leurs faiblesses et surtout de construire collectivement une réponse plus efficace, plus inclusive et davantage ancrée dans les réalités locales.

La clôture du Mois de l’Humanitaire porte ainsi un message clair :

Agir pour l’humanité, c’est agir avec les communautés, écouter leurs voix et reconnaître ceux qui sont déjà à leurs côtés.

Pour le CONAFOHD, cette dynamique rejoint pleinement les principes de localisation de l’aide humanitaire, de leadership local, de redevabilité et de participation communautaire.

La transformation du système humanitaire ne pourra être durable que si elle s’appuie sur les acteurs locaux, les organisations nationales et, surtout, sur les personnes affectées elles-mêmes.

Les communautés ne doivent pas être uniquement bénéficiaires de l’action humanitaire. Elles doivent en être des actrices, des partenaires et des voix centrales.

Agir pour l’humanité, c’est agir avec elles.