Mesdames et Messieurs
Chacun à son titre et qualité respectif
Et tout protocole respecté
Permettez-moi de vous parler avec mon cœur, comme un acteur humanitaire congolais, qui vit dans le contexte et qui crois en la solidarité humaine.
La République démocratique du Congo (RDC) traverse une période humanitaire critique exacerbée par la guerre en cours qui vient compliquer une situation humanitaire déjà assez complexe. Dans les deux Kivu, des milliers de personnes sont contraintes de fuir leurs foyers à cause de la guerre. Des centaines des milliers de personnes déjà déplacées, sont obligées de se ré-déplacer ou contraintes de rentrer dans leurs milieux d’origine sans garantie de sécurité et sans assistance adéquate parce que les conditions ne le permettent pas, d’autres encore trouvent leurs maisons déjà habitées par des personnes inconnues. Les camps des déplacés sont démantelés sans aucune procédure et sans respect du droit humanitaire international. Nous assistons à un chaos humanitaire sans précédent.
La communauté humaine assiste à un théâtre macabre, où des personnes humaines sont contraintes à vivre dans des conditions moins que les animaux, sans possibilité d’être assistée. Le lot journalier dans l’Est de la RDC est fait des exécutions sommaires, massacres, des viols, tortures, de restriction de la liberté des acteurs de la société civile, ….
Ce tableau peint, laisse imaginer l’immensité des besoins humanitaires dans cette zone et partie du monde. Le plan de réponse humanitaire 2025 a estimé les besoins humanitaires à 2 milliards 5OO millions de dollars. Mais ces besoins étaient déjà dépassés avant même sa validation, du fait du dynamisme de conflit. Rappelons que la crise congolaise est une crise oubliée, négligée et sous financée. Déjà il était difficile d’atteindre un financement qui couvre 50% avec une contribution américaine couvrant 60%. Avec la suspension de l’aide américaine, nous craignons que le financement de ces besoins n’atteigne 25%, ce qui serait un drame pour toutes ces âmes qui ont besoins d’aide. De nouvelles qui nous viennent des plusieurs pays occidentaux parlent de la réduction de l’aide humanitaire. Ceci ne peut que nous angoisser davantage. J’en appelle donc ici à la solidarité humaine et à l’unité pour faire face à un drame qui frappe l’humanité à travers la République Démocratique du Congo. L’histoire nous renseigne que chaque pays du monde a eu son moment difficile et a dû faire recours à d’autres pays pour s’en a tirer. C’est le cas pour la La RDC en ce moment. Il est vrai que cela fait bientôt 30 ans que la RDC tend la main et demande l’appui pour répondre à ses besoins humanitaires, mais les pays membres peuvent inverser cette tendance.
Il est possible de diminuer les besoins humanitaires en RDC. Il est même possible de transformer la RDC en un pays contributeur majeur, mais cela passe par la suppression des causes qui créent l’une des plus longues crises que l’humanité ait connues. Le Congo veut la paix. Nous voulons que chaque famille vive dans un milieu sure profitant de la vie comme tout être humain et rêvant d’un avenir meilleur pour sa progéniture. Oui, ce Congo là est possible si les pays membres prennent l’option de travailler pour anticiper les crises et réduire ainsi les besoins en assistances en réduisant les nombres ou la durée des crises.
Dans le financement des crises liées au changement climatique, on parle de plus en plus de l’anticipation de la réponse humanitaire, pourquoi ne pas en parler aussi dans les crises provoquées par les guerres? Et pour le cas, la meilleure façon d’anticiper ne serait pas de prépositionner l’aide humanitaire , mais empêcher le déclenchement de la guerre.
Notre propos pourra sembler non adapté pour l’auditoire pour certains, ou hors contexte humanitaire pour d’autres, mais est-il que, nous les acteurs locaux, tout en constituant un pilier important dans l’action humanitaire à travers notre présence dans les communautés avant, pendant et après les crises, vivons au quotidien les peines des communautés affectées. Nous soufrons avec les communautés et surtout dans le contexte du moment où dans la complexité du contexte, les équipes des ONG nationales et locales se retrouvent fragmentées, séparées par plusieurs lignes de front. Les leaders humanitaires locaux dont la voie peut porter plus loin, se retrouvent ciblés et contraints au silence. Une situation qui rend le travail des acteurs locaux périlleux et internationaux presque impossible dans ces zones de l’Est de la RDC.
Nous profitons de ce créneau pour rendre hommage, à M. Bruno Lemarquis, le coordinateur humanitaire pour son leadership courageux en ce moment de grande tempête en RDC et Mme Carla pour son rôle crucial et la détermination à maintenir fonctionnel les bureaux de OCHA dans un contexte aussi complexe. Leur courage extraordinaire et la détermination à garder le système humanitaire fonctionnel de manière optimale dans un contexte aussi complexe et dangereux de la RDC, est un signal qui résonne et encourage tous les acteurs humanitaires actifs en RDC. Un signe qui nous appelle au dépassement pour apporter la réponse au plus nécessiteux et aux communautés en détresse. On a rarement vu des personnes dans leur position traverser les lignes de front pour aller encourager les acteurs humanitaires qui sont en première ligne et pratiquement leur servir de parapluie.
Mesdames et Messieurs
Chacun à son titre et qualité respectif
Et tout protocole respecté,
Notre espoir est que ces quelques phrases vous inspirent à travailler davantage dans le dépassement, pour une réponse humanitaire adaptée et couvrant les besoins exprimés par toute l’équipe humanitaire de la RDC réunie autour du coordinateur humanitaire.
Je finirai par paraphraser M. Lemarquis: « la meilleure façon de financer une crise humanitaire, c’est de mettre fin aux causes qui la crée».
Je vous remercie pour votre aimable attention.
De-Joseph KAKISINGI M
Coordinateur
CONAFOHD RDC



