Crise humanitaire dans le Triangle Walungu–Mwenga–Shabunda et dans le triangle Kaniola : l’APEO lance un cri d’alarme face aux décès liés à la faim

Bukavu, 19 novembre 2025 –

L’ONG Action Pour Enfants Oubliés (APEO), engagée depuis plus de 23 ans dans la défense des droits de l’enfant et des femmes au Sud-Kivu, alerte sur une situation d’une gravité exceptionnelle dans les zones enclavées du triangle Walungu – Mwenga – Shabunda et dans le triangle Walungu kabare shabunda où des milliers de déplacés internes sont laissés sans assistance et commencent à mourir de faim.

Une crise sans précédent raconte Mme  Solange Rubuye MER la Fondatrice d’APEO 

Depuis l’intensification des conflits en septembre 2025, les populations locales et déplacées vivent un drame humanitaire silencieux. APEO rapporte des cas avérés de décès liés à la faim, notamment :

  1. Plus de 30 personnes décédées dans l’Aire de santé de Cinda, depuis le debut de la crise,Trois enfants morts de malnutrition dans l’Aire de santé de Rubimbi,
  2. Deux décès supplémentaires dans le village de Bangwe (Aire de santé de Maziba),

Une situation nutritionnelle « extrêmement préoccupante » dans les aires de santé de Maziba, Rubimbi, Cinda, Kilungutwe et d’autres zone du triangle.

Les déplacements massifs aggravent la crise. Rien que dans l’Aire de santé de Tubimbi, 5 923 déplacés ont été recensés, souvent accueillis dans des familles surchargées et dépourvues de moyens.

Des violations graves des droits humains

Outre la malnutrition aiguë et sévère, APEO documente une hausse inquiétante des violences basées sur le genre (VBG) :

viol, mariage forcé, grossesses précoces, exploitation… ainsi que d’autres violations du droit international humanitaire.

Ces zones, bien que sous contrôle, sont totalement oubliées des interventions humanitaires, malgré de multiples alertes.

L’action d’APEO : agir avec des moyens dérisoires pour sauver des vies

Face à l’ampleur des besoins et au manque d’intervention extérieure, APEO utilise ses fonds propres et l’appui de ses bénévoles pour répondre à l’urgence :

Depuis octobre 2025 : 201 enfants malnutris (MAS et MAM) ont été identifiés et soutenus.

Mise en place d’un appui nutritionnel via la bouillie enrichie dans les zones enclavées et au centre d’accueil de Walungu, 2 fois par semaine.

Appui spécifique aux enfants vulnérables (ENA, orphelins, PVH) et aux femmes enceintes (kits bouillie).

Séances de santé mentale et accompagnement psychosocial.

Les équipes d’APEO ont documenté plusieurs situations déchirantes, dont celle d’une fillette de moins de 5 ans en MAS  que Mme Solange Rubuye Mer avait  rencontrée à Nabiridja, décédée quelques jours plus tard faute d’assistance suffisante.

Une réponse humanitaire inéquitable et incohérente

Malgré les plaidoyers faits en août 2025, seuls quelques intrants nutritionnels ont récemment été envoyés à Rubimbi et Cinda. Pendant ce temps, des zones voisines comme Bwahungu et Muzizi reçoivent une assistance, alors que les villages environnants – pourtant de la même zone de santé – n’ont rien reçu.

APEO dénonce une inégalité de couverture humanitaire et une méconnaissance du terrain par certains acteurs opérant sans coordination locale approfondie.

Recommandations urgentes

APEO appelle à une mobilisation immédiate :

À UNOCHA

  • Organiser une mission d’urgence sur le terrain et réunir les acteurs humanitaires concernés.
  • Veiller au respect du principe Do No Harm et impliquer les ONGs locales, particulièrement féminines.

À la COHP:  »Plaider pour une intervention rapide incluant APEO et les organisations qui opèrent réellement dans ces zones difficiles d’accès ».

Aux Clusters Nutrition, Protection, Santé

  • Déployer une réponse multisectorielle d’urgence : sécurité alimentaire, nutrition, protection, santé.
  • Assurer une coordination impartiale et inclusive avec les acteurs présents depuis longtemps.

Au CONAFOHD:  »Soutenir le plaidoyer pour une véritable localisation en intégrant les ONGs féminines et communautaires ».

Conclusion : un appel à sauver des vies maintenant

La situation humanitaire dans les zones de Cinda, Rubimbi, Kilungutwe, Luzirhu, Maziba, Nzibira ,Shenga et d’autres villages du triangle Walungu–Mwenga–Shabunda est critique et urgente.

Sans intervention rapide, le nombre de décès liés à la faim et aux violences continuera d’augmenter.