De la confiance au financement : comment les ONG nationales rapprochent l’aide des communautés en RDC

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« La localisation passe par la confiance : quand les ONG nationales financent les communautés pour transformer l’aide en RDC »

FFC et CAFED démontrent qu’en finançant les organisations à base communautaire, les acteurs nationaux font de la localisation une réalité concrète

GOMA, RDC.  Et si la localisation de l’aide humanitaire en République démocratique du Congo commençait par un geste simple : faire confiance aux organisations qui sont déjà au plus près des communautés ?

Dans le cadre de la communauté des pratiques ; C’est l’un des enseignements forts ressortis des échanges consacrés au financement des organisations à base communautaire (OBC), lors de la clôture du mois dédié à l’aide humanitaire à Goma, organisé par CONAFOHD. À travers les expériences du Fonds pour les Femmes Congolaises (FFC) et du Collectif des Associations Féminines pour le Développement (CAFED), deux organisations nationales engagées sur le terrain montrent qu’une autre approche du financement est possible : identifier, accompagner, financer et renforcer les acteurs locaux pour qu’ils deviennent eux-mêmes des moteurs de changement.

Financer celles et ceux qui connaissent les réalités du terrain

Pour le FFC, la localisation ne se limite pas à transférer des ressources. Elle repose d’abord sur la confiance accordée aux organisations communautaires.

« Nous accompagnons financièrement et techniquement les organisations au niveau de la base », explique Mme Fazila Kambessa, chef du bureau du FFC. Pour elle, les OBC sont des acteurs incontournables parce qu’elles sont présentes au quotidien auprès des communautés, connaissent leurs réalités et produisent des informations essentielles sur les besoins et les changements observés sur le terrain.

Cette proximité constitue un véritable avantage pour l’action humanitaire. Les organisations communautaires ne sont pas seulement des bénéficiaires de financements : elles sont des partenaires capables de faire remonter les besoins, de suivre les interventions et de documenter les résultats.

Le FFC va plus loin en accordant sa confiance à des organisations qui n’ont pas nécessairement une longue expérience de gestion financière. Cette approche permet à certaines d’entre elles de progresser progressivement jusqu’à pouvoir, à leur tour, accéder à des financements internationaux.

Du financement à l’autonomisation

L’impact de cette approche se mesure déjà au niveau des communautés.

Femmes Unies pour le Développement (FUDEI) ,  Une organisation bénéficiaire du Fonds des Femmes Congolaise, témoigne avoir pu renforcer son accompagnement auprès des femmes, avec 100 femmes directement bénéficiaires et 10 autres indirectement, à travers notamment des formations et un appui en vivres et non-vivres.

Ce type d’appui illustre une dimension essentielle de la localisation : le financement devient un outil de renforcement des capacités et non une simple réponse ponctuelle à un besoin.

L’objectif est que les organisations communautaires puissent progressivement consolider leurs structures, développer leurs compétences, améliorer leur gestion et accéder directement à d’autres opportunités de financement.

CAFED : créer un pont entre les financements et les organisations communautaires

L’expérience du CAFED va dans le même sens.

Selon sa présidente, Mme Isabelle Pendeza, les organisations nationales doivent privilégier la collaboration, le réseautage et la complémentarité plutôt que de travailler isolément. Elle appelle notamment les jeunes organisations à rechercher l’information, à travailler avec d’autres acteurs et à se positionner en fonction de leurs domaines d’intervention.

Cette logique de partenariat se traduit concrètement dans le financement des OBC.

CAFED reconnaît que certaines organisations communautaires, notamment celles dirigées par des femmes, ne disposent pas toujours de tous les documents ou critères administratifs généralement exigés pour accéder aux financements. Plutôt que de les exclure, l’organisation nationale cherche à créer un espace de transition et d’accompagnement.

« Quand on trouve le financement, nous accordons aussi des petites subventions aux organisations qui ne remplissent pas ces critères », explique Mme Pendeza. L’objectif est toutefois de faire de ces appuis un tremplin vers davantage d’autonomie, en renforçant progressivement les capacités organisationnelles et financières des OBC.

Une chaîne de partenariat qui produit des résultats

Le témoignage de la Fondation Muhima Bintou Sabine (FOMUBISA ASBL), basée à Walikale, illustre concrètement cette dynamique.

L’organisation avait développé un projet destiné à renforcer la résilience et l’autonomisation économique des femmes dans un contexte de crise. Son initiative autour de la production et de la vente de beignets permettait aux bénéficiaires de générer des revenus tout en constituant progressivement une épargne.

Mais le projet faisait face à plusieurs contraintes, notamment le manque d’intrants et l’insuffisance des équipements.

C’est à ce moment que CAFED est intervenu.

Après avoir visité l’organisation et échangé directement avec les femmes bénéficiaires, CAFED a identifié les difficultés et apporté un appui en intrants et équipements. Cet accompagnement a permis au projet de se poursuivre jusqu’à ce que les bénéficiaires disposent d’une épargne suffisamment importante pour reprendre et dupliquer l’activité au niveau de leurs propres ménages.

Le résultat est révélateur : une ONG nationale accompagne une OBC, qui à son tour renforce directement les capacités économiques des femmes de sa communauté.

C’est précisément là que la localisation prend tout son sens.

Les ONG nationales comme passerelles de localisation

Ces expériences montrent que les ONG nationales peuvent jouer un rôle stratégique dans la transformation du système humanitaire en RDC.

Elles sont en mesure de se positionner comme des passerelles entre les bailleurs, les ONG internationales, les organisations nationales et les acteurs communautaires, tout en apportant un accompagnement technique, institutionnel et financier aux structures les plus proches des populations.

Cette approche permet également de répondre à l’un des défis majeurs de la localisation : l’accès des petites organisations communautaires aux ressources.

Les exigences administratives, financières et institutionnelles peuvent constituer des barrières importantes pour les OBC. L’accompagnement des ONG nationales permet alors de réduire progressivement ces barrières, sans renoncer aux exigences de transparence, de redevabilité et de bonne gestion.

De la sous-traitance au partenariat

L’enjeu est donc de changer progressivement la logique traditionnelle de l’aide.

Les organisations communautaires ne doivent pas être considérées uniquement comme des exécutantes de projets conçus ailleurs. Elles doivent être reconnues comme des partenaires à part entière, capables de contribuer à la conception, à la mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation des réponses humanitaires.

Les témoignages du FFC, de CAFED et des organisations communautaires qu’ils accompagnent montrent que cette transformation est déjà en cours.

Elle repose sur trois piliers : la confiance, le financement de proximité et le renforcement des capacités.

La localisation se construit sur le terrain

Pour les membres de CONAFOHD, cette dynamique représente une illustration concrète de la localisation de l’aide en RDC : renforcer les acteurs nationaux, créer des passerelles vers les OBC et faire circuler davantage les ressources et les capacités vers les communautés.

L’expérience du FFC montre qu’une organisation communautaire peut passer progressivement de bénéficiaire à acteur capable d’accéder elle-même à des financements.

Celle de CAFED démontre qu’une petite subvention, accompagnée d’un suivi et d’un appui adapté, peut permettre à une organisation communautaire de consolider ses activités et de générer des changements durables au sein des ménages.

La localisation n’est donc pas uniquement une question de pourcentage de financement. Elle est aussi une question de pouvoir, de confiance, de partenariat et de capacité à reconnaître l’expertise de celles et ceux qui vivent et travaillent au cœur des communautés.

En RDC, les expériences portées par CONAFOHD et ses membres, les ONG nationales ,communautaires montrent une voie claire : pour rapprocher l’aide des populations, il faut rapprocher les financements de celles et ceux qui connaissent leurs réalités.

Le message est simple : financer local, accompagner local, renforcer local… pour un impact durable au niveau communautaire.