Depuis plusieurs semaines, une menace précise plane : sans un arrêt strict des chaînes de transmission en amont, Kisangani et les axes environnants risquent de devenir le nouveau foyer majeur d’Ebola. Les remontées du terrain rendent l’urgence vitale.
Dr. De-Joseph KAKISINGI
Mouvements de population et dégradation de la confiance
Des acteurs locaux signalent un dépeuplement rapide du centre de PS51, point névralgique de l’épidémie. Les habitants fuient vers Wamba et Kisangani sur des axes difficiles à contrôler. Des corps sans vie ont été retrouvés dans des habitations abandonnées ou sur les routes ; bien que ces décès ne soient pas tous documentés biologiquement, la suspicion d’Ebola est forte.
Parallèlement, la confiance s’effrite. Rumeurs et hostilité se propagent : à Wamba, un bâtiment accusé d’héberger des personnes venues « apporter Ebola » a été incendié. Une rumeur crue par une communauté devient une réalité opérationnelle qui paralyse la riposte, incitant à la dissimulation des malades et au refus de soins.
Les trois fenêtres d’action qui se referment
- La ceinture communautaire manquée : L’opportunité de former très tôt les relais locaux, d’associer leaders religieux et coutumiers, et d’expliquer la maladie avant l’apparition des rumeurs autour des foyers affectés s’est considérablement réduite.
- Le temps communautaire en passe d’être perdu : C’est la phase critique où le virus circule encore dans les familles et les quartiers avant d’apparaître dans les bilans officiels. C’est ici que quelques décisions locales évitent des dizaines de contaminations.
- L’Intelligence Communautaire Anticipative négligée : Il ne suffit plus de lire la carte des cas confirmés ; il faut cartographier les mobilités, les rumeurs et les marchés pour comprendre où le virus ira demain.
Derrière chaque statistique, un visage
Face à l’épidémie, le piège est de ne parler que de chiffres. Pourtant, un décès n’est jamais un simple « 1 » dans une colonne. C’est le moment douloureux où l’annonce du décès fait basculer une famille, des enfants, des parents. Changer notre regard sur ces statistiques doit nous pousser à refuser l’attentisme.
L’urgence de l’anticipation
Être plus rapide que le virus ne signifie pas seulement transporter un échantillon ou bâtir un centre de traitement. Cela exige d’arriver sur les lieux avant le pathogène :
- Mobiliser immédiatement les corridors vers Wamba, Kisangani et Isiro.
- Traiter les rumeurs et associer pleinement les organisations locales.
- Faire circuler l’information plus vite que la peur.
Il est encore temps de changer la trajectoire. Écoutons la voix des communautés avant que leurs alertes ne se transforment en statistiques tragiques.



