Être plus rapides qu’Ebola : la réponse doit désormais gagner le temps communautaire

POINT DE PRESSE

Les récentes déclarations du Directeur général d’Africa CDC et du Coordinateur humanitaire doivent tous nous interpeller.

En seulement 65 jours, l’épidémie a déjà causé plus de 1 437 décès et plus de 3 262 cas confirmés. Africa CDC avertit que cette flambée pourrait devenir la plus importante jamais documentée si nous ne parvenons pas à l’arrêter rapidement.

Le Coordinateur humanitaire a résumé l’enjeu en une phrase : nous devons être plus rapides que le virus.

Le CONAFOHD partage pleinement cet appel.

Mais nous souhaitons attirer l’attention sur un point essentiel : être plus rapides qu’Ebola n’est pas seulement une question de logistique ou de moyens médicaux. C’est avant tout une question de stratégie.

Le virus ne commence pas sa propagation dans un laboratoire ou dans un Centre de Traitement Ebola. Il commence dans une famille, dans un quartier, dans une communauté.

Lorsque le premier cas est confirmé, plusieurs chaînes de transmission sont souvent déjà en cours.

C’est pourquoi nous parlons depuis le début de cette flambée du temps communautaire de l’épidémie : cette période décisive qui précède l’arrivée des équipes spécialisées et durant laquelle les communautés peuvent encore empêcher le virus de se propager.

Notre conviction reste la même : nous ne pouvons plus attendre que le virus accomplisse son cycle naturel avant de reprendre le contrôle de l’épidémie.

Notre objectif doit être de couper les chaînes de transmission dès leur apparition.

C’est dans cette logique que le CONAFOHD a proposé une approche différente : construire une véritable ceinture communautaire autour des zones déjà affectées.

Il s’agit de préparer les communautés situées autour des foyers, de former les relais communautaires, de mobiliser les leaders locaux, d’organiser les systèmes d’alerte précoce et de renforcer la communication de proximité afin d’empêcher le virus de franchir de nouvelles frontières.

Nos premières analyses réalisées en Tshopo ont montré que les principaux obstacles à la riposte ne sont pas uniquement médicaux. La confiance, les rumeurs, la communication de proximité et l’implication des communautés influencent directement la vitesse de propagation du virus. Elles ont également montré que les organisations locales ont commencé à agir avant même l’arrivée des financements, démontrant que la première réponse est toujours communautaire.

C’est précisément pourquoi nous avons développé l’approche ALLCE: Action Locale de Lutte Contre Ebola.

ALLCE ne remplace ni les laboratoires, ni les équipes de surveillance, ni les centres de traitement, ni la vaccination.

Elle les complète.

Son objectif est simple : agir avant que le virus ne prenne de l’avance.

Les événements récents confirment malheureusement l’urgence d’un changement d’approche. Les mouvements de grève du personnel, les fuites de patients, la circulation des rumeurs et les incompréhensions observées dans certaines communautés traduisent une crise de confiance qui fragilise la riposte. Une réponse efficace ne peut pas reposer uniquement sur les outils médicaux ; elle doit aussi restaurer l’adhésion des populations.

Aujourd’hui, nous appelons les autorités sanitaires, les partenaires techniques et financiers et l’ensemble des acteurs de la riposte à faire du pilier communautaire une priorité stratégique.

Nous proposons notamment :

  • De déployer une ceinture communautaire de prévention autour des zones affectées ;
  • D’investir massivement dans les organisations locales déjà présentes sur le terrain ;
  • De financer rapidement les initiatives communautaires capables d’agir immédiatement ;
  • De mettre en place des mécanismes permanents d’analyse des perceptions communautaires ;
  • Et d’intégrer pleinement l’approche ALLCE dans la stratégie nationale de riposte.

Face à Ebola, chaque heure compte.

Chaque alerte communautaire précoce peut éviter une nouvelle chaîne de transmission.

Chaque communauté préparée peut empêcher l’apparition d’un nouveau foyer.

Être plus rapides qu’Ebola, c’est avant tout gagner le temps communautaire. C’est dans les communautés que se décidera l’issue de cette flambée.