Le secteur humanitaire est sous pression. Les besoins augmentent, tandis que de nombreux pays réduisent leur financement des activités humanitaires. Une réforme du système s’impose de toute urgence. Le Dr De-Joseph Kakisingi explique le rôle important des acteurs locaux et nationaux dans ce processus.
Pourquoi est-il nécessaire que la planification et la mise en œuvre des mesures humanitaires soient entre les mains des acteurs locaux et nationaux ?
Il est nécessaire que la planification et la mise en œuvre des mesures humanitaires soient confiées à des acteurs locaux et nationaux, car ceux-ci ont une meilleure compréhension du contexte et connaissent mieux les habitudes des communautés. Ils vivent dans ce contexte et sont présents avant, pendant et après les crises, ce qui leur permet d’effectuer des évaluations rapides et de mettre en œuvre les mesures appropriées pour répondre aux besoins des communautés en situation de crise. Ils disposent d’une base communautaire solide et bénéficient d’un haut niveau d’acceptation. Ils peuvent interagir avec les communautés et introduire assez facilement de nouvelles approches, telles que des réponses menées par les communautés ou des actions humanitaires anticipatives avec le soutien des communautés.
Que faut-il changer pour que les acteurs locaux et nationaux puissent assumer ce rôle ?
Pour que les acteurs locaux puissent assumer ce rôle, les clusters doivent être coordonnés par des responsables locaux. Les clusters sont des groupes de coordination organisés par secteur, comme la santé, le logement ou la sécurité alimentaire. Les équipes humanitaires de pays, principaux organes de coordination qui réunissent les agences des Nations Unies, les ONG et d’autres acteurs clés, doivent inclure des acteurs locaux ayant une réelle influence sur la prise de décision. Les fonds communs nationaux, mécanisme de financement humanitaire géré par l’OCHA des Nations Unies, doivent adopter un processus décisionnel participatif avec la participation des acteurs locaux. Une part substantielle des fonds communs doit être allouée aux acteurs locaux et nationaux, et les conditions d’accès doivent être assouplies. Un fonds commun plus flexible et plus rapide à activer, géré au niveau local, doit également être mis en place afin de pouvoir réagir le plus rapidement possible. Il devrait permettre de prépositionner des fonds auprès d’ONG locales et nationales et d’activer la réponse initiale dans les 48 heures, en attendant l’arrivée d’activités humanitaires à plus grande échelle.
Quelle est l’importance des partenariats avec les organisations du Nord pour mener une action humanitaire efficace ?
Les organisations nordiques ont une meilleure compréhension des exigences des bailleurs de fonds et des différentes procédures. Elles jouissent d’une bonne réputation auprès des bailleurs de fonds et inspirent confiance. Elles agissent comme une garantie pour les bailleurs de fonds au sein du partenariat et, en même temps, comme une protection pour les parties prenantes locales afin de s’assurer qu’elles ne dépassent pas les exigences et les normes des bailleurs de fonds. Ensemble, elles constituent un duo efficace pour, d’une part, accéder aux financements et mieux les gérer conformément aux exigences des bailleurs de fonds et, d’autre part, apporter une réponse rapide et adaptée aux contextes et aux besoins des communautés touchées.
Le Dr De-Joseph Kakisingi, président du Cadre de Concertation des ONG Nationales (CCONAT), est un leader humanitaire originaire de la République démocratique du Congo qui possède plus de dix ans d’expérience dans le domaine de l’aide humanitaire.



