Riposte contre Ebola en RDC : L’appel d’urgence du Dr. De-Joseph KAKISINGI face à la « bureaucratie sanitaire »

·

·

,

Kinshasa, 29 mai 2026. L’équipe humanitaire pays, les agences du Système des Nations Unies, les partenaires techniques et financiers de la RDC et le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS, se sont réunis à Kinshasa lors d’une rencontre stratégique. Objectif : aligner la coordination des interventions et renforcer l’appui au Gouvernement dans la riposte contre Ebola. 

Si les discussions officielles ont réaffirmé l’importance d’une collaboration cohérente et multisectorielle, l’intervention du Dr De-Joseph KAKISINGI, Coordonnateur national de CONAFOHD, a retenu toute l’attention par sa lucidité et l’urgence de son message.

Invité à s’exprimer, ce leader de la société civile et survivant de la Covid-19 a fustigé les lenteurs administratives et les débats théoriques qui paralysent la réponse sur le terrain, exigeant un passage immédiat d’une « réponse bureaucratique » à une « véritable logique de guerre sanitaire ».

Une menace avérée et un système de santé à genoux

Rappelant son avertissement lancé quelques mois plus tôt à la conférence de Paris concernant une « bombe biologique à retardement en République démocratique du Congo après la coupure des financements de l’USAID », le Dr. KAKISINGI a constaté avec gravité que cette menace est désormais une réalité visible.

« Pendant que nous restons enfermés dans des débats philosophiques entre politiques, administratifs et scientifiques, le virus, lui, avance. Il circule. Il infecte. Il tue. »

Le diagnostic posé sur l’état de la riposte actuelle est sans concession : plusieurs semaines après la déclaration de l’épidémie, presque aucun système essentiel ne fonctionne correctement. Le Coordonnateur de la CONAFOHD a dressé un inventaire alarmant des carences logistiques et opérationnelles :

  • Absence de centres de traitement pleinement opérationnels.
  • Manque d’efficacité dans le ramassage des cas suspects et confirmés.
  • Inexistence de mécanismes fiables d’isolement et de suivi structuré des contacts.

Cette défaillance systémique met directement en danger les acteurs de première ligne. À l’Hôpital de SOFEPADI (membre de la CONAFOHD), les équipes font face à des cas suspects sans système d’évacuation ni protection suffisante. Face à ce sentiment d’abandon, des médecins songent à quitter les structures de soins alors même que des confrères meurent, s’infectent ou tombent malades en essayant de sauver des vies.

L’un des paradoxes les plus révoltants soulevés réside dans la gestion des ressources :

« Des laboratoires manquent d’intrants pour travailler, alors que des dépôts à Kinshasa restent remplis de matériel non déployé. C’est inacceptable. »

Le terrain face aux illusions de la capitale

S’exprimant non seulement en tant que médecin mais aussi avec l’expérience intime d’un survivant du virus, le Dr. KAKISINGI a dénoncé le décalage flagrant entre les centres de décision et les réalités de l’est du pays, notamment à Beni et Butembo. Il a vivement critiqué l’attention disproportionnée accordée aux réunions institutionnelles au détriment de l’action matérielle.

« Les vrais indicateurs ne sont pas dans nos tableaux. Les vrais indicateurs, ce sont les contaminations que nous aurions pu éviter. Ce sont les vies que nous aurions pu sauver. »

Illustrant l’absurdité de la situation, il a partagé son choc face aux querelles de préséance entre les experts ministériels pour la rédaction des messages de prévention, alors que la diffusion de la RTC reste déconnectée des populations locales de Beni ou Butembo. Pour le président de la CONAFOHD, une communication efficace doit impérativement intégrer les radios locales, les leaders communautaires, les relais sociaux et les langues locales.

Les déclarations inspirantes et l’appel à l’action du Dr. De-Joseph KAKISINGI

Face au Directeur général de l’OMS, le Dr. KAKISINGI a posé une question cruciale : « Allons-nous continuer à compter les morts alors que nous avons encore la possibilité d’agir ? ». Pour y parvenir, il a formulé des orientations claires et mémorables pour guider la suite de la riposte :

  • Sur les conditions de la victoire contre le virus :

« Nous vaincrons Ebola lorsque les cas suspects seront rapidement identifiés et évacués, lorsque les patients seront immédiatement isolés, lorsque les contacts seront efficacement suivis, lorsque les structures sanitaires seront protégées, et surtout lorsque les communautés elles-mêmes deviendront actrices de la riposte. »

  • Sur la métaphore de l’urgence médicale :

« La situation actuelle ressemble à une hémorragie obstétricale : une femme est en train de mourir sur la table d’accouchement pendant que les médecins discutent encore du protocole. On n’arrête pas une hémorragie avec des discours. On agit. Immédiatement. Traiter cette épidémie avec des discussions sans fin, c’est vouloir arrêter une hémorragie avec un simple pansement. »

  • Sur la gestion du temps et la responsabilité historique :

« Dans cette crise, le temps n’est pas notre allié. Le temps est devenu notre ennemi. Chaque heure perdue ouvre une nouvelle chaîne de transmission. Chaque minute d’inaction prépare de nouveaux morts. Et l’histoire nous jugera non pas sur nos intentions, mais sur notre capacité à agir avant qu’il ne soit trop tard. »

Un engagement collectif à concrétiser

Bien que la communauté humanitaire et le Système des Nations Unies réaffirment leur engagement collectif à protéger les populations, renforcer les systèmes de santé et éradiquer durablement la maladie, le message de la CONAFOHD rappelle que la bonne volonté ne suffit plus. L’heure est à la mobilisation immédiate des acteurs de base, leaders locaux, organisations communautaires, églises et survivants, pour transformer une réponse aujourd’hui paralysée en un combat de terrain efficace, pragmatique et salvateur.