Face à la diminution des financements humanitaires, les organisations locales et nationales doivent désormais occuper une place centrale dans la réponse aux crises. C’est l’un des principaux messages portés par Lampo Yandi, chargé des affaires humanitaires au Secrétariat permanent des organisations non gouvernementales du Burkina Faso, lors du troisième Symposium national sur la localisation de l’aide humanitaire, organisé à Kinshasa du 27 au 29 octobre 2026 par le Conseil National des Fora des ONG Humanitaires et de Développement (CONAFOHD).
Représentant une plateforme regroupant 348 ONG nationales et internationales engagées dans les domaines humanitaires, du développement, de la paix et de la cohésion sociale, Lampo Yandi a partagé l’expérience du Burkina Faso en matière de localisation, notamment les défis, les contraintes et les perspectives identifiés à travers une étude consacrée à l’intégration de l’agenda de localisation dans la réforme humanitaire.
Selon lui, la baisse généralisée des ressources financières impose une réadaptation des interventions humanitaires afin de répondre efficacement aux besoins croissants des communautés.

« Comment faire plus avec moins de ressources ? », s’est-il interrogé, avant de souligner que la localisation constitue une réponse stratégique à cette problématique.
Pour le représentant burkinabè, les organisations locales et nationales disposent d’atouts considérables, notamment leur connaissance du contexte, leur proximité avec les communautés et leur capacité à intervenir au plus près des populations affectées.
Cependant, leur participation effective nécessite un accompagnement technique et financier conséquent. Il a notamment insisté sur la nécessité de renforcer leur influence dans les mécanismes de coordination humanitaire, au-delà de leur simple présence aux réunions.
Il a également appelé les bailleurs de fonds à financer directement les postes de coordination occupés par les organisations nationales et locales, tout en augmentant les ressources mises à leur disposition pour la mise en œuvre des interventions humanitaires.
Revenant sur les engagements du Grand Bargain de 2016, qui prévoyait notamment un objectif de 25 % de financement destiné aux acteurs locaux et nationaux, Lampo Yandi a regretté la faiblesse des financements directs, estimant que leur proportion demeure inférieure à 5 %.
Il a toutefois tenu à préciser que la localisation ne signifie pas l’exclusion des acteurs internationaux, mais plutôt une complémentarité entre les différentes composantes du système humanitaire.
« La localisation signifie la complémentarité. Chacun doit avoir sa place dans l’écosystème humanitaire », a-t-il insisté.
Vers un plaidoyer régional pour renforcer la voix des ONG africaines

Au-delà des enjeux nationaux, Lampo Yandi a particulièrement insisté sur la nécessité de porter le plaidoyer pour la localisation à l’échelle régionale, notamment en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.
Il a présenté le Forum des ONG en Afrique de l’Ouest et centrale (FONGA), un mécanisme régional créé par plusieurs plateformes d’ONG afin de mutualiser leurs efforts, de défendre les intérêts des organisations nationales et de renforcer leur influence dans les espaces de décision.
Selon lui, cette structure constitue un instrument stratégique pour porter collectivement les préoccupations des organisations africaines auprès des décideurs et des partenaires humanitaires internationaux.
Cette dynamique régionale devrait permettre de dépasser les initiatives isolées et de construire un plaidoyer commun en faveur d’un système humanitaire plus équitable, dans lequel les organisations africaines participent pleinement à la définition des politiques et des orientations stratégiques.
Le modèle congolais salué pour ses mécanismes d’accompagnement
Évoquant sa participation au symposium de Kinshasa, le représentant du Burkina Faso s’est réjoui de la mobilisation des acteurs humanitaires venus de différentes provinces de la République démocratique du Congo.
Il a particulièrement salué la forte représentation des organisations dirigées par des femmes et des organisations de personnes vivant avec handicap, considérant cette participation comme un signe encourageant d’inclusivité.
Lampo Yandi a également mis en avant plusieurs mécanismes d’accompagnement présentés dans le cadre du symposium, notamment KOLData, pour la cartographie des organisations, et l’OCA, un dispositif d’évaluation des capacités institutionnelles permettant d’identifier les besoins d’accompagnement des structures locales.
Pour lui, ces expériences développées en RDC méritent d’être capitalisées et reproduites dans d’autres pays africains afin de consolider durablement les capacités des organisations nationales.
Il a par ailleurs salué la collaboration entre les différents acteurs présents au symposium, notamment les institutions étatiques, les organisations internationales, les structures nationales et les organisations communautaires.
Au terme de sa participation, Lampo Yandi a réaffirmé la nécessité de bâtir une architecture humanitaire fondée sur la complémentarité, le partage des responsabilités et la reconnaissance des compétences des acteurs locaux.
Son intervention rejoint ainsi l’ambition du troisième Symposium national sur la localisation de l’aide humanitaire : transformer les engagements en actions concrètes, renforcer le leadership des organisations locales et faire émerger une voix africaine plus forte dans la gouvernance humanitaire internationale.



