La République démocratique du Congo (RDC) fait face aujourd’hui à l’une des crises humanitaires les plus graves, les plus complexes et les plus durables au monde. Pourtant, cette situation dramatique reste paradoxalement parmi les moins médiatisées et les moins financées à l’échelle internationale.
Alors que l’attention mondiale se concentre largement sur des conflits tels que ceux en Ukraine, à Gaza ou au Soudan, la crise en RDC se poursuit dans un silence préoccupant. Le rapport sur les crises négligées dresse un constat alarmant : la RDC est le seul pays à figurer de manière continue sur cette liste depuis plus d’une décennie.
C’est dans ce contexte que, lors de la conférence internationale organisée à Berlin en Allemagne, par Norwegian Refugee Council (NRC), sous le thème « RDC : crise oubliée et négligée et plaidoyer pour la localisation de l’aide humanitaire », le Docteur De-Joseph Kakisingi a lancé un appel pressant à la communauté internationale. À travers sa communication, il a mis en lumière une crise qui ne peut plus être ignorée et a insisté sur l’urgence d’agir pour une réponse humanitaire plus juste, inclusive et ancrée localement.
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Les Chiffres d’une Catastrophe Majeure
La gravité de la situation dans l’est de la RDC se mesure d’abord par des indicateurs statistiques alarmants, mettant en lumière le décalage flagrant entre l’immensité des besoins et l’insuffisance des réponses apportées :

- 25 millions de personnes ont un besoin urgent d’aide humanitaire à travers le pays.
- Plus de 7 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, concentrées principalement dans les provinces de l’Est.
- 1 enfant sur 4 souffre de malnutrition sévère dans plusieurs zones de l’est du pays.
- 25 % à 40 % seulement : c’est le faible niveau de financement auquel plafonnent les plans de réponse humanitaire certaines années, contraignant les acteurs à ne cibler que les personnes les plus vulnérables.
- 0 dollar de financement direct : sur les 150 millions de dollars récemment débloqués par les États-Unis pour la crise en RDC, aucun dollar n’a été versé directement aux ONG locales, alors que l’objectif mondial du Grand Bargain ambitionne d’allouer au moins 25 % des fonds directement aux acteurs locaux.
- Plus de 600 organisations : c’est le nombre d’acteurs locaux et nationaux regroupés sous le réseau CONAFOHD pour pallier ces manquements sur le terrain.
Une Crise Multidimensionnelle et Structurelle
Au-delà des chiffres, la crise congolaise se caractérise par une accumulation de facteurs qui s’aggravent mutuellement, transformant le quotidien des populations en un combat permanent pour la survie.
La convergence des crises
- La crise sécuritaire : La violence armée engendre des déplacements massifs, des pertes en vies humaines, des violences sexuelles chroniques et installe un climat de peur permanente.
- La crise sanitaire et la « bombe biologique à retardement» : Le système de santé dépend à plus de 80 % des financements extérieurs dans certaines zones. Le désengagement des bailleurs entraîne des ruptures de stocks de médicaments essentiels (comme l’ocytocine à moins d’un dollar pour prévenir les hémorragies post-partum) et favorise la résurgence d’épidémies mortelles telles qu’Ebola, le choléra et la rougeole.
- La crise nutritionnelle : Par crainte des exactions et des enlèvements, les paysans ne peuvent plus accéder à leurs terres agricoles, ce qui paralyse les marchés et compromet l’avenir des enfants malnutris.
- La crise climatique : Les inondations et glissements de terrain successifs viennent achever les moyens de subsistance de communautés déjà exsangues.
Le paradoxe du silence et de l’indifférence
Le texte dénonce une forme de déni international où les causes profondes de la guerre , notamment l’exploitation illégale des ressources naturelles et les intérêts économiques sous-jacents, sont occultées. Les médias diffusent souvent une version édulcorée des atrocités commises, ce qui contribue à normaliser l’anormal et à pérenniser le cycle de l’indifférence.

3. La Résilience Communautaire et l’Impératif de la Localisation
Face à la défaillance des mécanismes internationaux, le premier rempart humanitaire en RDC reste purement local.
« La première réponse humanitaire au Congo ne vient pas toujours de l’extérieur. Elle émane avant tout des communautés elles-mêmes. »
Les familles d’accueil partagent leurs faibles ressources et les réseaux communautaires s’organisent bien avant l’arrivée des agences internationales. Les acteurs locaux, à l’instar des membres de la CONAFOHD, pénètrent des zones enclavées et dangereuses, parlent les langues locales et détiennent la confiance nécessaire pour briser la méfiance face aux urgences sanitaires comme Ebola.
Cependant, ces ONG locales travaillent au péril de leur vie, subissant l’insécurité directement sur le terrain. Le Docteur Kakisingi a au cours de cette conférence insisté sur le fait que la « localisation » de l’aide ne doit plus être un slogan. Les organisations locales ne doivent plus être perçues sous l’angle unique du « risque » ou comme de simples exécutants, mais comme des partenaires stratégiques majeurs ayant un besoin crucial de financement direct, de confiance et de protection institutionnelle.
L’Urgence d’un Changement de Paradigme
Pour sauver des vies en RDC, l’approche internationale doit radicalement changer. Il ne s’agit plus seulement de distribuer une aide d’urgence de manière ponctuelle pour gérer indéfiniment la misère. Un tournant décisif implique la mise en place d’un continuum humanitaire-développement-paix. L’urgence doit paver la voie au relèvement communautaire, qui lui-même doit soutenir le développement afin de consolider une paix durable. Le peuple congolais ne réclame pas la charité ; il exige les moyens de transformer sa résilience héroïque en autonomie et en prospérité.
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